Ca aurait pu être une journée ordinaire. J'aurai pu allé en cours, faire mon intero d'espagnol, etc ...
Je me reveille à 6H. Gros mal de gorge. Je m'étrangle en buvant de l'eau. Je tombe de mon lit en voulant me recoucher. Une impression de déjà vu ... Et on se rendort. Levé réellement à 8H, parce que " on est déjà en retard ! " Et oui, même dans ces moments là, ma chere grand mere reste polie. Pas interet à être " en retaaaaard ! " ...
Trajet. Trois heures de routes. Sms, coup de fil. Timide tentative de sourire.
On arrive chez ma tante. Ils commencent déjà à pleurer. C'est l'effet que ça produit, de voir un proche. Au debut je comprenais pas. Pourquoi ? Des qu'on voit quelqu'un, pourquoi se remettre à pleurer ? Heureusement, moi je suis fier et arrogant. Je pleure pas. J'attendrai d'être seul dans la salle à manger pour laisser couler des larmes silencieuses. Tata m'appelle. Un article sur le journal. Pour Maman. " Tu veux regarder ? " " Tout à l'heure ". On mange. On a de l'appetit, dans la famille. Bien que là, pour tout dire, on s'est tous contenté d'une seule et unique part de kiche. ( J'avou, on a mangé de la mangue et des fraises en dessert, et de la salade aussi ... ) Et puis on part, direction l'" eglise ". Plait-il ...
Bras qui depasse de la fenêtre. J'ai froid, mais ça vient pas de l'exterieur. Beau papa qui appelle. Ils arriveront apres nous. Ok. On se gare juste à côté de l'eglise, de travers, comme toujours. Papie ne sait plus tres bien conduire, et il a pas la tête à ça de toute façon. Il y a du monde. " C'est le petit Pascal ? Mon Dieu ce qu'il a grandit ! " Oui, de trois à quinze ans, on change, c'est vrai. Mais s'était pas bête de le faire remarquer ... " Tu te souviens de moi ? " " Oui ! " Non, je me souviens pas de toi. Mais si je te le dis tu pourrai mal le prendre. Donc je marche dans ma tête, adossé à la voiture de Papi. L'air de rien, je tend l'oreille, histoire de capter les petits commentaires. " Oh, à quinze ans ... Comme ça doit être dur pour lui ... Pauvre petit. " En gros quoi. Pas l'envi de me rappeler. Je sais que c'est dur. Je sais que j'ai que quinze ans. Mes potes qui arrivent. Non, mes amis. Parce que, mine de rien, ils ont fait trois cent kilometres, pour moi. Pour Elle. Elle vous aurait adoré encore plus qu'elle ne vous adorait déjà. Je craque. Pour la premiere fois devant tout le monde. Je suis le mouvement. Comment y resister ? Je pleure, pauvre de moi, pauvre petit Pascal incapable de rester droit, incapable de cacher sa peine. D'être fort. Papa pleure aussi. Je me sens mieux. C'est la premiere fois qu'il pleure, lui. A croire qu'il s'en foutait pas, finalement ... Alain arrive, Maman aussi. Ils posent le cerceuil. Les jambes sont lourdes, d'un coup. Incroyablement lourdes. J'ai pas regardé. Pas que je voulais pas. Mais j'avais trop de larme dans les yeux pour voir correctement. Plein de fleurs. Plein de mots. Plein de gens. Et moi. Mais surtout des gens. Encore et encore. Et qui insistent pour me serrer dans leur bras ! Pour me dire qu'ils sont avec moi. Que je dois être " fort pour elle " parce que " elle aurait " pas voulu te voir comme ça " Hochement de tête. Pour la forme ... Le cerceuil entre dans l'église. Faut le suivre. C'est moi qui me trouve juste derriere. C'est hasardeux, je vous assure. J'étais le plus pres de la porte à ce moment là. C'est ... Comment dire. Marcher derriere un cercueil que quatres hommes poussent, tout en sachant qu'à l'interieur de ce jolie bois, c'est votre seule et unique mere. Une envi de crier étoufer par un sanglot. Les gens qui me regardent. Stressant ... Il y en a plein, debout. Je marche dans l'allée, deux mains sur mes épaules. Je ne sais même pas à qui elles sont. Tant pis. On s'assoit. Deuxieme rang, parce qu'il n'y a personne au premier. Cousine à gauche, pere à droite, le reste derriere. Aller, vas y, le curé. Raconte nous ton histoire. Dis nous à quel point ma mere était belle, était forte et heureuse, toi qui ne la connais pas. Dis nous comme sa disparition nous remplis de peine, toi qui fait ton boulot. Et le Choeur, chantez des paroles de convenance. Que Dieu nous vienne en aide, Lui qui n'est surement pas responsable. Pendant une heure. Ou peut être une heure et la moitié d'une autre. J'ai perdu la notion du temps. Ah, c'est fini. Drole de coutume, faire un signe de croix avec un objet bizare au dessus du cerceuil. La petite piece dans la panier ensuite. On sort tous, enfin. Direction le cimetierre, et à pied. L'occasion d'étoufer quelques sanglos dans les bras de mon beau pere. On y est enfin. Oh quelle douleur, le simple fait de marcher. Le simple fait d'entendre les autres venir me voir. " Aller petit. Tu sais moi je la connaissais bien ta mere. Elle parlait que de toi. Oh Dieu seul c'est comme elle t'aimait petit. T'es beau, t'es jeune, t'as la vie devant toi, et .. " Blablabla ... Chouette. Je sais hein ... Ils posent le cercueil dans un trou de terre. On s'avance pour en jetter un peu. Alain vient et me met la chaine de Maman dans ma main ... Qu'il est precieux, desormais, ce petit fil d'or ... Moi je reste devant le trou, pour contempler durant d'horrible moment " Corinne Eme ". On vient me chercher, mais je les repousse. Je les repousse tous. Ils comprenent pas que c'est la derniere fois que je la vois de si pres ... Mais fallait bien que je parte un jour. Je vais pleurer un peu dans les bras de mes amis. Oui, je ne tient plus. Je suis pas assez fort pour tout contenir ... C'est comme ça, et voilà. Comme ils le disaient si bien " A quinze ans, c'est dur " .... On monte dans la voiture. On va rentré, reprendre notre pitoyable vie comme avant. Essayer d'avancer malgres cela, malgres ce manque qui me brule, qui me detruit peu à peu de l'interieur. Malgres le fait que plus personne ne repond à mes cris. On m'a dit qu'avec le temps, j'apprendrai à la sentir en moi. Mais quand je sors, maintenant, quand je regarde le ciel, à genoux sur le sol. Quand je la cherche dans les étoiles. Ce serait mentir que de dire que je la sens en moi. Elle manque. C'est insupportable. Mais je l'appelle. Je laisse plein de message sur son portable. Entendre le son de sa voix ... C'est une cruelle consolation. Je n'ai plus que ça. Moi je ne pensais pas à dire " je t'aime ". A dire que s'était ma maman, et que même si je lui montrai pas, bah je l'aimais. Je l'appelais pas tout les jours. J'avais pas tout les jours envi de lui parler. J'avais le temps, que je pensais. Elle allait pas s'envoler. Pourtant, j'ai vu comme la mort pouvait arriver vite. Ca n'a pas fait tilt. Ca arrive qu'aux autres, ce genre de choses. Maintenant, faut vivre. C'est une obligation. On y echappe pas. Faut vivre sans attendre un coup de telephone, un rire, une main, un regard ou un sourire. Une maman.
Y arriverai-je ...